
Delmira Agustini
1886 — 1914
Uruguay
Élevée dans la bourgeoisie montevidéenne par une mère autoritaire, elle mena une double vie : jeune fille docile en apparence, poète de l'érotisme en secret. À seize ans, ses textes paraissent dans les revues littéraires uruguayennes ; à vingt ans, elle publie El libro blanco (1907), premier d'une série de recueils qui vont progressivement scandaliser ses contemporains. Sa poésie s'inscrit dans le courant moderniste, mais la déborde. Elle part de ses images habituelles — cygnes, jardins, marbres — pour les charger d'une sensualité explicite et d'une vision du désir rarement assumée par une femme à l'époque. Dans Los cálices vacíos (1913), c'est la femme comme sujet désirant qui parle — ce qui dérouta autant qu'il fascina. La critique préféra souvent parler de sa beauté plutôt que de ses vers. Elle est assassinée le 6 juillet 1914 par son ex-mari, peu après leur divorce. Ce féminicide fut présenté par la presse de l'époque comme un drame passionnelle à deux victimes.