Théophile Gautier

Sonnet IV

Premières Poésies

Lorsque je vous dépeins cet amour sans mélange,

Cet amour à la fois ardent, grave et jaloux,

Que maintenant je porte au fond du cœur pour vous,

Et dont je me raillais jadis, ô mon jeune ange,

 

Rien de ce que je dis ne vous paraît étrange,

Rien n’allume en vos yeux un éclair de courroux ;

Vous dirigez vers moi vos regards longs et doux,

Votre paleur nacrée en incarnat se change.

 

Il est vrai, — dans la mienne, en la forçant un peu,

Je puis emprisonner votre main blanche et frêle,

Et baiser votre front si pur sous la dentelle :

 

Mais — ce n’est pas assez pour un amour de feu ;

Non, ce n’est pas assez de souffrir qu’on vous aime,

Ma belle paresseuse ! il faut aimer vous-même.