Paul Valéry

Au platane

Charmes

Flagelle-toi !… Parais l’impatient martyr

Qui soi-même s’écorche,

Et dispute à la flamme impuissante à partir

Ses retours vers la torche !

 

Afin que l’hymne monte aux oiseaux qui naîtront,

Et que le pur de l’âme

Fasse frémir d’espoir les feuillages d’un tronc

Qui rêve de la flamme,

 

Je t’ai choisi, puissant personnage d’un parc,

Ivre de ton tangage,

Puisque le ciel t’exerce, et te presse, ô grand arc,

De lui rendre un langage !

 

O qu’amoureusement des Dryades rival,

Le seul poète puisse

Flatter ton corps poli comme il fait du Cheval

L’ambitieuse cuisse !…

 

Non, dit l’arbre. Il dit : Non ! *par l’étincellement

De sa tête superbe,

Que la tempête traite universellement

Comme elle fait une herbe !*