Louisa Siefert
Rayons perdus
En larges nappes d’or la lumière s’épanche :
Le soir viendra bientôt, six heures ont sonné.
L’ouvrier se revêt de sa chemise blanche
Et lustre de la main son vieux chapeau fané.
Enfin, voilà le jour de fête, le dimanche !
Il peut sortir : il est haletant, surmené.
Il traîne un chariot fait d’une vieille planche,
Où chante, rit & dort son chétif dernier-né.
Les enfants vont devant & la mère pâlie,
Triste, derrière eux tous, seule, vient quelquefois.
Quand cet homme est debout tout son corps tremble & plie.
Quand il s’assied, il presse entre ses maigres doigts
Son front fier, écrasé par la misère humaine…
C’est ainsi qu’il respire une heure par semaine.