Elizabeth Barrett Browning
Sonnets from the Portuguese
Bien-Aimé, tu t’en fus pour moi souvent ravir,
L'été comme l’hiver, au jardin sa parure,
Et ces fleurs semblaient bien, dans cette chambre obscure,
Avoir eu du soleil et des pluies pour grandir.
Emporte également, notre amour t’en conjure,
Les pensers que je viens ici de découvrir
Et qu’en toute saison je sus faire sortir
Du profond de mon cœur. Toute cette verdure
Est couverte de rue et de chiendent amers ;
Arrache-les ; pourtant l’églantine et le lierre
S'y voient aussi ! — ceux-là, prends-les de la manière
Dont je prenais tes fleurs. Qu'ils restent toujours verts
Pour tes yeux indulgents et que ton âme apprenne
Que leurs racines sont tout au fond de la mienne !