Christine de Pizan

Tant ont a durer mes peines

Je suis loings de mes amours,

Dont je pleure mainte lerme ;

Mais en espoir prens secours

Que tost revendra le terme

Qu’il m’a mis de retourner.

Ja sont passées trois sepmaines,

Six en devoit sejourner,

Tant ont a durer mes peines.

 

Tant le desire tousjours

Qu’en suis malade et enferme.

Or venez doncques le cours,

Amis que j’aim d’amour ferme,

Et vous ferez destourner

Mes angoisses trés grevaines ;

Car jusques au retourner

Tant ont a durer mes peines.

 

Pour mener mon dueil en plours,

Souvent a par moy m’enferme ;

Mais ce garist mes doulours

Qu’a bon espoir je m’afferme

Que Dieu vous vueille amener,

Ou tost nouvelles certaines ;

Jusques la me fault pener

Tant ont a durer mes peines.