François Fertiault

Le Chant des feuilles - Ballade

« Bruis, bruis,

Forêt mystérieuse ;

Ma lyre est curieuse,

Bruis.

Dis-moi la douce plainte

Qu’Angéla

Dans ton ombreuse enceinte

Exhala. »

 

Et la brise frémit et la forêt parla :

 

Angéla n’avait plus de père.

Tout le jour elle était aux champs ;

Le soir elle amusait sa mère

Par ses chants.

Mais sa mère pliait sous l’âge,

Oublieuse de ses beaux jours,

Et s’en allait disant toujours :

— « Soyez sage !

« Pas d’amours ! »

 

Las ! à seize ans l’âme est si tendre !

Angéla promettait en vain.

Un soir elle se fit attendre…

La nuit vint !

— « Sors d’ici ! » s’écria sa mère

Quand la timide enfant rentra ;

« Te donne asile qui voudra ;…

« Ma colère

« Te suivra ! »

 

Angéla, du logis chassée,

Vint et s’assit là, tout en pleurs,

Disant d’une voix oppressée

Ses douleurs :

— « Mère, Dieu bénisse la porte

« Qu’aujourd’hui ta main me défend !… »

Et, dans ses sanglots étouffant,

Tomba morte…

Pauvre enfant !

 

Et lorsqu’on fut dire à la mère :

— « Votre fille vient de mourir, »

Je la vis dans sa peine amere

Accourir :

— « Ta fuite, Angéla, m’est mortelle !…

« Devais-tu laisser notre seuil !!… »

Puis on la mit, comblant le deuil,

Avec elle

Au cercueil.

 

« Merci, merci,

Forêt, douce interprète ;

Ma lyre est satisfaite…

Merci !

Je sais la douce plainte

Qu’Angéla

Dans ton ombreuse enceinte

Exhala. »

 

Car la brise frémit et la forêt parla !