Elizabeth Barrett Browning
Sonnets from the Portuguese
L’âme a son Rialto ; l’on y commerce aussi :
Une tresse est le prix de celle que j’achète.
Splendide cargaison, la boucle que voici
Et que reçoit mon cœur me vient de mon poète.
D’un noir de pourpre, ‘elle a cet éclat obscurci
Des tresses qu’autrefois purent voir sur la tête
Des Neuf Muses les yeux de Pindare ébloui.
Je crois, ô Bien-Aimé, que sur eux se reflète
L’ombre de tes lauriers, tant sont noirs tes cheveux !
Je vais fixer cette ombre, afin qu’elle ne glisse,
Par un tendre baiser — lien miraculeux ! —
Puis placer la relique en un endroit propice :
Mon cœur lui fournira cet abri bienheureux
Jusqu’à ce qu’en la mort sa chaleur refroidisse.