François Villon

Ballade de l'Acteur

Quant j’euz ouy ce present mandement :

Qu’on semonnoit venir, de par l’Acteur,

Le dessusdict, j’ay pensé fermement

De moy trouver, et en prins l’adventure,

Comme celuy, de droicte nature,

Vouloit de ce faire narration,

A celle fin qu’il en fust mention,

A ung chascun, pour le temps advenir,

Qui s’attendent et ont intention

Que les respeues les viendront secourir.

 

Mais ce secours est d’anciennement

De tous repas le chief, et par droicture ;

Pourquoy, aulcuns, qui ont entendement,

Le treuvent bon, et aultres n’en ont cure,

Et ne cerchent tant que l’argent leur dure,

Mais font du leur si grant destruction,

Qu’ilz en entrent en la subjection

De faire aux dens l’arquemie, sans faillir,

En attendant, pour toute production,

Que les repeues les viendront secourir.

 

J’en ay congneu, qui souvent largement

Donnoyent à tous repeues outre mesure ;

Qui depuis ont continuellement

Servy le Pont-à-Billon, par droicture,

Dont la façon a esté à maint dure,

En leur grant dueil et tribulation ;

Mais lors n’avoyent nulle remission,

Combien que ce leur fist le cueur fremir,

Ilz n’attendoyent aultre succession,

Que les repeues les viendront secourir.

 

ENVOI.

Prince, pour ce que ne me puis tenir

Que de telz faitz ne face mention,

Puisque à mon temps les ay veu avenir,

J’en vueil faire quelque narration,

Et escripre, soubz la correction

Des escoutans, affin d’en souvenir,

La présente nouvelle invention,

Que les repeues les viendront secourir.