Doëtte Angliviel
Dans un jardin, jadis dessiné par Le Nôtre,
La jeune fille Geneviève,
Près d'un Monsieur l'Abbé qui dit des patenôtres,
Caresse son beau rêve.
Ifs au fuseau, buis en fauteuil, fusains en boule,
Et puis, une Vénus de marbre,
Le vent n'ôse risquer un rire qui refoule
Sa chanson dans les arbres.
Ici l'Amour doit aussi suivre les allées,
Ne point faire de pirouettes,
Dédaigner la maraude et l'ardente envolée
Vers l'imprévu des fêtes.
Des parents timorés dressent un blanc programme
Et prétendent régler la danse,
Des kermesses vers où, frémissante, son âme
D'enfant tendre s'élance.
Mais Geneviève se souvient d'une journée,
A l'odeur d'oeillets et de fraises,
Où l'on prit un baiser sur sa bouche étonnée,
Dans un jardin qui n'était pas à la Française.