Paul Claudel
Connaissance de l'Est
Avant que je n’atteigne les pins, voici la nuit et déjà la froide lune m’éclaire. Ceci me semble être une différence, que le soleil nous regarde et que nous regardons la lune ; son visage est tourné vers ailleurs, et comme un feu qui illumine le fond de la mer, par elle les ténèbres deviennent, seulement, visibles. — Au sein de cet antique tombeau, dans l’herbe épaisse de ce temple ruiné, sous la forme de belles dames ou de sages vieillards, vêtus de blanc, ne vais-je point rencontrer une compagnie de renards ? Déjà ils me proposent des vers et des énigmes ; ils me font boire de leur vin, et ma route est oubliée. Mais ces hôtes civils veulent me donner un divertissement ; ils montent debout l’un sur l’autre, — et mon pied désabusé s’engage dans le sentier étroit et blanc qui me ramène vers ma demeure.
Mais déjà au fond de la vallée je vois brûler un feu humain.