Alphonse de Lamartine

Les Préludes

Nouvelles Méditations Poétiques

Ah ! laisse le zéphyr avide

À leur source arrêter tes pleurs ;

Jouissons de l’heure rapide :

Le temps fuit, mais son flot limpide

Du ciel réfléchit les couleurs.

 

Tout naît, tout passe, tout arrive

Au terme ignoré de son sort :

À l’Océan l’onde plaintive,

Aux vents la feuille fugitive,

L’aurore au soir, l’homme à la mort.

 

Mais qu’importe, ô ma bien-aimée,

Le terme incertain de nos jours,

Pourvu que sur l’onde calmée,

Par une pente parfumée,

Le temps nous entraîne en son cours ?

 

Pourvu que, durant le passage,

Couché dans tes bras à demi,

Les yeux tournés vers ton image,

Sans le voir, j’aborde au rivage

Comme un voyageur endormi ?