Louise-Victorine Ackermann

Un autre cœur

Serait-ce un autre cœur que la Nature donne

À ceux qu’elle préfère et destine à vieillir,

Un cœur calme et glacé que toute ivresse étonne,

Qui ne saurait aimer et ne veut pas souffrir ?

 

Ah ! qu’il ressemble peu, dans son repos tranquille,

À ce cœur d’autrefois qui s’agitait si fort !

Cœur enivré d’amour, impatient, mobile,

Au-devant des douleurs courant avec transport.

 

Il ne reste plus rien de cet ancien nous-mêmes ;

Sans pitié ni remords, le Temps nous l’a soustrait.

L’astre des jours éteints, cachant ses rayons blêmes,

Dans l’ombre qui l’attend se plonge et disparaît.

 

À l’horizon changeant montent d’autres étoiles.

Cependant, cher Passé, quelquefois un instant

La main du Souvenir écarte tes longs voiles,

Et nous pleurons encore en te reconnaissant.