Alfred Garneau

La rivière

C’est une forte berge, au large flanc de glaise,

Abruptement taillée ainsi qu’une falaise !

Le Rideau passe au bas, riant sous son flot noir.

D’ici, le long des eaux je puis apercevoir

Les roseaux alignés comme une palissade,

Où crie, à pointe d’aube, un grand héron maussade.

Étroite, la rivière a du moins son attrait

D’onde mouvante, avec, entrant sous la forêt,

Tous ses enfoncements, pareils à des alcôves,

Qu’achèvent de fleurir, au bord, les glaïeuls mauves.

 

L’on a pour horizon des blés, point de lointain

Que le ciel, et dans l’eau son mirage incertain.