Nicolas Pineau
Cher Ulysse
Cher Ulysse,
Le vent aujourd’hui s’est calmé, je peux enfin te parler sans craindre qu’il ne propage mes paroles jusqu’à ton Ithaque maudite.
Ne t’étonne pas si je cherche mes mots dans cette langue humaine et morte qui nous prêtait service ; je ne la parle plus guère depuis ton départ, elle s’oublie peu à peu, comme d’elle-même.
L’aède ton ami, le bavard Homère, est venu me voir en songe hier soir. Comme à son habitude il m’a raconté tes périples, qu’il prétend connaître mieux que toi. Son âge le rend de plus en plus attachant - jusqu’à quand vieillira-t-il ?
Il m’encourage, vois-tu, à raconter notre histoire. Sous quelle forme et à qui ? Il ne me l’a pas dit.