C’est du passé
J’étais musicien professionnel,
batteur de braise, batteur de ciel,
les baguettes vivaient entre mes doigts,
comme deux éclairs frappant la joie.
"Tum.Tum" le cœur du concert,
la grosse caisse ouvrait l’univers,
la caisse claire tranchait la nuit,
et les cymbales brillaient sans bruit.
Je tenais debout les chansons connues,
les refrains forts, les foules émues,
de ville en ville, sans ralentir,
toujours frapper, toujours tenir.
Le sol vibrait,
la scène entière respirait,
les voix montaient, l’Europe chantait,
et moi je frappais, je frappais.
Mais le temps a cassé le tempo,
a ralenti mes gestes trop tôt,
les mains parfois cherchent le rythme ancien,
mais le corps ne suit plus très bien.
La maladie a baissé le son,
comme une salle vide sans raison,
les baguettes dorment, hors de combat,
dans un silence qui ne frappe pas.
… tac… tac… plus lent, plus bas,
comme un souvenir qui ne meurt pas,
et dans le soir, très doucement,
revient un roulement tremblant.
C’est du passé…
mais la batterie, elle,
continue encore
dans ma tête, seulement.