Paul Claudel

Proposition sur la Lumière

Connaissance de l'Est

Je ne puis penser, tout, au fond de moi, repousse la croyance que les couleurs constituent l’élément premier et que la lumière ne soit que la synthèse de leur septénaire. Je ne vois point que la lumière soit blanche, et, pas plus qu’aucune couleur n’en intéresse la vertu propre, leur accord ne la détermine. Point de couleur sans un support extrinsèque : d’où l’on connaîtra qu’elle est, elle-même, extérieure, le témoignage divers que la matière rend à la source simple d’une splendeur indivisible. Ne prétendez pas décomposer la lumière : quand c’est elle qui décompose l’obscurité, produisant, selon l’intensité de son travail, sept notes. Un vase plein d’eau ou le prisme, par l’interposition d’un milieu transparent et dense et le jeu contrarié des facettes, nous permettent de prendre sur le fait cette action : le rayon libre et direct demeure invarié ; la couleur apparaît dès qu’il y a une répercussion captive, dès que la matière assume une fonction propre ; le prisme, dans l’écartement calculé de ses trois angles et le concert de son triple miroir diédrique, enclôt tout le jeu possible de la réflexion et restitue à la lumière son équivalent coloré. Je compare la lumière à une pièce qu’on tisse, dont le rayon constitue la chaîne, et l’onde (impliquant toujours une répercussion), la trame ; la couleur n’intéresse que celle-ci.