François Villon
Qui en a est le bien venu ;
Qui n’en a point, l’en n’en tient compte,
Cil qui en a est bien congneu,
Cil qui n’en a point vit à honte.
Qui paye l’on exauce et monte
Jusque au tiers ciel, pour en prester :
Son honneur tout aultre surmonte,
Par force de bien acquester.
Quand entendismes les estatz
De telz dissimulations,
Congnoissant les hauts et les bas,
Par toutes abreviations,
Nous mismes, sans sommations,
Aux champs, par bois et par taillis,
Pour congnoistre les fictions,
Qui se font souvent à Paris.
Pource que chacun maintenoit
Que c’estoit la ville du monde
Qui plus de peuple soustenoit,
Et où maintz estranges abonde,
Pour la grant science parfonde
Renommée en icelle ville,
Je partis, et veulx qu’on me tonde,
S’à l’entrée avois croix ne pille.
Il estoit temps de se coucher,
Et ne sçavoye où heberger ;
D’ung logis me vins approcher,
Sçavoir s’on m’y vouldroit loger,
En disant : « Avez à menger ? »
L’hoste me respondit : « Si ay. »
Lors luy priay, pour abréger :
« Apportez-le donc devant moy. »
Je fus servy passablement,
Selon mon estat et ma sorte,
Et pensant, à part moy, comment
Je cheviroye avec l’hoste,
Je m’avisé que, soubz ma cotte,
Avois une espée qui bien trenche :
Je la lairray, qu’on ne me l’oste,
En gaige de la repeue franche.
L’espée estoit toute d’acier,
Il ne s’en failloit que le fer ;
Mais l’hoste la me fist machier,
Fourreau et tout, sans fricasser ;
Puis, après, me convint penser
De repaistre, se faim avoye ;
Rien n’y eust valu le tencer :
De leans partis sans monnoye.
L’ACTEUR.
Lendemain, m’aloye enquerant
Pour encontrer Martin Gallant.
Droit en la Salle du Palays
Rencontray, pour mon premier mès,
Tout droit soubz la première porte,
Plusieurs mignons d’estrange sorte,
Que sembloit bien à leur habit
Qu’ilz fussent gens de grant acquit.
Lors vins pour entrer en la Salle :
L’ung y monte, l’aultre devalle.
Là me pourmenoye, de par Dieu,
Regardant l’estat de ce lieu,
Et quand je l’euz bien regardée,
Tant plus la voys tant plus m’agrée ;
Je vis la tant de mirlificques,
Tant d’ameçons et tant d’afficques,
Pour attraper les plus huppez.
Les plus rouges y sont happez ;
A l’ung convient vendre sa terre ;
Maint, sans sainctir, là se detterre,
Partie ou peu en demourra
De tout ce que vaillant aura ;
Cuydant destruyre son voysin
De Poytou, ou de Lymousin,
Ou de quelque aultre nation,
Maint en est en destruction,
Et fault, ains partir de léans,
Qu’ilz facent l’arquemye aux dens.
On emprunte, qui a credit,
Tout ainsi que devant est dict.
Quand leur argent fort s’appetisse,
Lors leur est la repeue propice,
Et lors cerchent (plus n’en doubtez),
Hault et bas et de tous costez,
Comme on verra par demonstrances
En ce traicté des Repeues franches.
Et quant au regard de plusieurs
Aultres repeues, sont escriptes
Affin qu’on preigne les meilleurs,
En lisant, grandes ou petites.
Vous orrez maintz moyens licites
Comment ilz ont esté happez,
Hault et bas, par bonnes conduictes
De ceulx qui les ont attrapez.