Homère
L'iliade
Mais Hector voit son frère Polydore, qui retient ses entrailles à pleines mains, en s'effondrant sur le sol. Un brouillard s'épand sur ses yeux. Il n'a pas le cœur de demeurer plus longtemps à l'écart; il vient au-devant d'Achille, brandissant sa lance aiguë, tout pareil à une flamme. Achille le voit; aussitôt il s'élance et, triomphant, il dit :
" Le voilà donc près de moi, l'homme qui m'a touché au plus profond du cœur, l'homme qui m'a tué l'ami que je prisais tant ! Nous ne saurions plus longtemps nous terrer l'un devant l'autre sur tout le champ de combat."
Il dit, et, sur lui levant un œil sombre, il s'adresse au divin Hector:
" Viens donc plus près, et tu arriveras plus vite au terme fixé pour ta perte."
Mais, sans frémir, Hector au casque étincelant répond:
"Péléide, ne compte pas m'effrayer avec des mots, comme si j'étais un enfant. Je peux aussi bien que toi railler et lancer des insultes. Je sais que tu es brave et que je suis bien au-dessous de toi. Mais tout ceci repose sur les genoux des dieux. Si je ne te vaux pas, ne puis-je pour cela t'arracher la vie, en te touchant de ma pique ? Mon trait, à moi aussi, a déjà su être perçant."
Il dit, brandit sa pique et la lance. Mais Athéné, de son souffle, la détourne du noble Achille - il lui suffit d'un souffle très léger - la voici qui revient vers le divin Hector et qui choit à ses pieds. Et Achille en fureur s'élance, brûlant de tuer Hector et poussant des cris effroyables. Mais Apollon le lui ravit - c'est un jeu pour un dieu - et le dérobe derrière une épaisse vapeur. Par trois fois, le divin Achille aux pieds infatigables s'élance, sa pique de bronze au poing; par trois fois, il frappe la vapeur profonde.