Elizabeth Barrett Browning
Sonnets from the Portuguese
Je pense à toi ! — pareille à la vigne sauvage
Qui recouvre si bien un arbre que le bois
Ne se distingue plus à travers le feuillage,
J'enlace mes pensers étroitement sur toi.
O mon noble palmier ! ces pensers toutefois
Ne doivent pas voiler plus longtemps ton image,
Car tu m'es plus cher qu'eux ! Montre-toi donc à moi
De nouveau tout de suite ; que ton tronc se dégage
De ces liens verts qui te tiennent enserré ;
Les secouant au loin, brisés et déchirés,
Qu'en toute sa vigueur il me réapparaisse !
Car te voir, et t'entendre, et boire un air plus frais
Sous ton ombre, me plonge en une telle ivresse
Que je ne pense plus à toi —j'en suis trop près !