Georges Rodenbach

Dimanche : un pâle ennui d'âme, un désoeuvrement

Dimanche : un pâle ennui d'âme, un désoeuvrement

De doigts inoccupés tapotant sourdement

Les vitres, comme pour savoir leur peine occulte ;

- Ah ! Ce gémissement du verre qu'on ausculte ! -

 

Dimanche : l'air à soi-même dans la maison

D'un veuf qui ne veut pas aider sa guérison

Quand les bruits du dehors se ouatent de silence.

Dimanche : impression d'être en exil ce jour,

 

Long jour que le chagrin des cloches influence,

Et sans cesse ce long dimanche est de retour !

Ah ! Le triste bouquet des heures du dimanche ;

C'est un triste bouquet de fleurs qui lentement

 

Meurt dans un verre d'eau sur une nappe blanche...

M'en sauver, le pourrai-je ? Et l'éviter, comment ?

Ce jour de demi-deuil aux couleurs trop calmées

Où mon coeur otieux s'en va dans les fumées.