Eudore Évanturel

Dernière nuit

Premières poésies

Je te vois à travers ton linceul.

Pour jamais,

Ah ! tu fermes tes yeux comme si tu dormais.

Tu souris. La pâleur sied bien à ton front d’ange.

C’est demain que tu pars, c’est demain qu’un archange,

Sous son aile, en passant, va venir te chercher.

Pauvre enfant, pour toujours, il te faudra coucher !

Nous t’avons fait creuser un lit au cimetière.

C’est la première nuit que tu dors dans ta bière :

Ne vas pas t’éveiller sous la terre demain…

Quand j’y songe, vois-tu, je cache dans ma main

Mon front pâle, et je sens que mon cœur agonise.

On chantera pour toi quelque chose à l’église :

Peut-être les adieux que tu chantais un soir.

Nous irons te porter alors au grand dortoir,

Plus blêmes et plus froids que tes mains, jeune fille. !

Les amis poseront leurs genoux sur la grille,

Le prêtre chantera pour bénir ton cercueil ;

 

Et puis nous reviendrons avec nos cœurs en deuil.