Elizabeth Barrett Browning
Sonnets from the Portuguese
Est-ce vrai ? Si soudain je gisais là sans vie,
Mourrais-tu quelque peu toi-même au même instant?
Verrais-tu le soleil briller moins éclatant
Me sachant dans la nuit de la tombe endormie ?
Oh ! combien en lisant cela je fus ravie!
Aimé, je suis à toi, mais puis-je l'être tant ?
Et tu crois que ma main tremblante peut pourtant
Verser ton vin ? Alors mon âme répudie
Tous ses rêves de mort pour rester ici-bas !
Aime-moi, verse-moi tes regards, ton haleine !
Quand des dames d'un rang que je n'occupe pas
Délaissent par amour honneurs et biens sans peine,
Je puis quitter ma tombe et changer sans effroi
Le ciel où je touchais pour la terre avec toi !