Elizabeth Barrett Browning

J'élève gravement mon cœur d'un poids d'airain

Sonnets from the Portuguese

J'élève gravement mon cœur d'un poids d'airain

Comme Electre autrefois son urne sépulcrale,

Et, mes yeux dans tes yeux, devant les pieds j'étale

La cendre chaude encor. Vois combien de chagrins,

 

Soigneusement cachés, j'amassai dans mon sein,

Et la lueur que jette, au fond des cendres pales,

Chaque étincelle errante. Ah ! si sous ta sandale

Tu les pouvais tuer toutes en ton dédain,

 

Ce serait bien, qui sait ? Mais s'il te plaît d'attendre

Près de moi que le vent souffle sur cette cendre,

Prends garde . . Ces lauriers, qui te ceignent le front,

 

Ne pourront empêcher alors qu'une étincelle

Brûle ta chevelure en retombant sur elle.

C'est pourquoi, Bien-Aimé, je te dis : va-t-en donc.