Paul Claudel

La Cervelle

Connaissance de l'Est

Et cette vue nous permet d’avancer plus loin notre investigation. Toute vibration implique un foyer, comme tout cercle un centre. La source de la vibration nerveuse réside dans la cervelle, qui remplit, séparée de tous les autres organes, la cavité entière du crâne hermétique. La règle d’analogie indiquée à la première ligne défend d’y voir autre chose que l’agent de réception, de transformation et comme de digestion de la commotion initiale. On peut imaginer que ce rôle est spécialement dévolu à la matière périphérique, que le substrat blanc forme comme un agent d’amplification et de composition, et enfin que les organes compliqués de la base sont autant d’ateliers de mise en œuvre, le tableau de distribution, les claviers et les compteurs, les appareils de commutation et de réglage.

 

Nous devons maintenant considérer la vibration elle-même. J’entends par là ce mouvement double et un par lequel un corps part d’un point pour y revenir. Et c’est là l’ « élément » même, le symbole radical qui constitue essentiellement toute vie. La vibration de notre cervelle est le bouillonnement de la source de la vie, l’émotion de la matière au contact de l’unité divine dont l’emprise constitue notre personnalité typifique. Tel est l’ombilic de notre dépendance. Les nerfs, et la touche qu’ils nous donnent sur le monde extérieur, ne sont que l’instrument de notre connaissance, et c’est en ce sens seulement qu’ils en sont la condition. Comme on fait l’apprentissage d’un outil, c’est ainsi que nous faisons l’éducation de nos sens. Nous apprenons le monde au contact de notre identité intime.