William Shakespeare
Sonnets
Contre le temps, si jamais ce temps arrive, où je te verrai sévère pour mes défauts, où ton affection réglera son compte avec moi, poussée à ce calcul par des considérations réfléchies ;
Contre le temps où tu passeras devant moi comme un étranger, et où tu me salueras à peine d’un rayon de tes yeux ; où ton amour, cessant d’être ce qu’il était, invoquera les arguments d’un grave parti pris :
Contre ce temps-là, je me fortifie dès à présent dans la connaissance du peu que je vaux, et je lève la main contre moi-même pour maintenir le bon droit de ton côté.
Pour m’abandonner à ma misère, tu as la force des lois, puisque je ne puis alléguer de motif pour que tu m’aimes.