Anna de Noailles

Désespoir

Les Éblouissements

Toujours recommencer, et le cœur chaque jour

Plus fortement se penche et descend vers l’amour,

L’univers s’élargit, et l’être davantage

Est altéré d’espoir, de fièvre et de carnage.

 

Je croyais que la vie apaiserait un peu

Ce besoin de toucher et de goûter le feu,

Cette ardeur à presser, sur le cœur qui s’embrase,

Des odorants bonheurs la suffocante extase.

 

Mais chaque jour l’esprit plus vivement ressent

La chaleur des soleils qui pénètrent le sang,

Le brisement lascif des chansons sur un golfe,

La douleur de reprendre et de relire Adolphe.

 

Ce soir, où l’univers est un profond soupir,

Je souhaite du fond de mon âme, mourir,

Et je tends mes bras las vers le beau crépuscule

Qui, brûlant et blessé, vers l’infini recule…

 

– N’aurai-je donc jamais, soir de printemps trop doux,

À l’heure où vos parfums forment autour de nous

Leur languissante ronde, aiguë, ardente, acide,

La force du paisible et divin suicide ?…