François-René de Chateaubriand

Les Alpes ou l’Italie

1822.

 

Donc reconnoissez-vous au fond de vos abîmes

Ce voyageur pensif,

Au cœur triste, aux cheveux blanchis comme vos cimes,

Au pas lent et tardif ?

 

Jadis de ce vieux bois, où fuit une eau limpide,

Je sondois l’épaisseur.

Hardi comme un aiglon, comme un chevreuil rapide,

Et gai comme un chasseur.

 

Alpes, vous n’avez point subi mes destinées !

Le temps ne vous peut rien ;

Vos fronts légèrement ont porté les années

Qui pèsent sur le mien.

 

Pour la première fois, quand, rempli d’espérance,

Je franchis vos remparts.

Ainsi que l’horizon, un avenir immense

S’ouvroit à mes regards.