Anna de Noailles

Vous que jamais rien ne délie

L'Ombre des jours

Vous que jamais rien ne délie,

Ô ma pauvre âme dans mon corps,

Pourrez-vous, ma mélancolie,

Ayant bu le vin et la lie,

Connaître la bonne folie

De l’éternel repos des morts,

 

— Vous si vivace et si profonde,

Âme de rêve et de transport,

Qui, pareille à la terre ronde

Portez tous les désirs du monde,

Buveuse de l’air et de l’onde

Pourrez-vous entrer dans ce port…

 

Dans le port de calme sagesse,

De ténèbres et de sommeil,

Où ni l’amour ni la détresse

N’étirent la tiède paresse,

Et ne font, — mon âme faunesse,

Siffler les flèches du soleil…