Francis Jammes

Les Dimanches

De l’Angélus de l’aube à l’Angélus du soir

Les dimanches, les bois sont aux vêpres.

Dansera-t-on sous les hêtres ?

Je ne sais… Qu’est-ce que je sais ?

Une feuille tombe de la croisée…

C’est tout ce que je sais…

 

L’église. On chante. Une poule.

La paysanne a chanté, c’est la fête.

Le vent dans l’azur se roule.

Dansera-t-on sous les hêtres ?

Je ne sais pas. Je ne sais.

 

Mon cœur est triste et doux.

Dansera-t-on sous les hêtres ?

Mais tu sais bien que, les dimanches, les bois sont aux vêpres.

 

Penser cela, est-ce être poète ?

Je ne sais pas. Qu’est-ce que je sais ?

Est-ce que je vis ? Est-ce que je rêve ?

Oh ! ce soleil et ce bon, doux, triste chien…

Et la petite paysanne

à qui j’ai dit : vous chantez bien…

 

Dansera-t-elle sous les hêtres ?

Je voudrais être, voudrais être

celui qui lentement laisse tomber,

comme un arbre ses baies,

sa tristesse pareille, sa tristesse

pareille aux bois qui sont aux vêpres.