William Shakespeare
Sonnets
Tant que seul j’ai invoqué ton aide, mon vers seul a possédé toute ta gentille grâce ; mais maintenant mes nombres gracieux sont déchus, et ma muse malade cède la place à une autre.
Je conviens, doux amour, que ton aimable sujet mérite le travail d’une plume plus digne ; pourtant ce qu’invente sur toi ton poëte, c’est à toi qu’il le dérobe pour te le restituer.
Il te prête la vertu, et il a volé ce mot-là à ta conduite ; il te donne la beauté, et il l’a trouvée sur ta joue : il ne peut t’apporter un éloge qui ne respire en toi.
Donc, ne le remercie pas de ce qu’il dit, puisque c’est toi-même qui acquittes sa dette envers toi.