Jules Laforgue

Farce éphémère

Non ! avec ses Babels, ses sanglots, ses fiertés,

L’Homme, ce pou rêveur d’un piètre mondicule,

Quand on y pense bien est par trop ridicule,

Et je reviens aux mots tant de fois médités.

 

Songez ! depuis des flots sans fin d’éternités,

Cet azur qui toujours en tous les sens recule,

De troupeaux de soleils à tout jamais pullule,

Chacun d’eux conduisant des mondes habités…

 

Mais non ! n’en parlons plus ! c’est vraiment trop risible !

Et j’ai montré le poing à l’azur insensible !

Qui m’avait donc grisé de tant d’espoirs menteurs ?

 

Éternité ! pardon. Je le vois, notre terre

N’est, dans l’universel hosannah des splendeurs,

Qu’un atome où se joue une farce éphémère.