Guillaume Apollinaire
Alcools
Laissant sa mule à petits pas s’en vint l’amante
À petits coups le vent défripait ses atours
Puis les pâles amants joignant leurs mains démentes
L’entrelac de leurs doigts fut leur seul laps d’amour
Elle balla mimant un rythme d’existence
Criant depuis cent ans j’espérais ton appel
Les astres de ta vie influaient sur ma danse
Morgane regardait du haut du mont Gibel
Ah ! qu’il fait doux danser quand pour vous se déclare
Un mirage où tout chante et que les vents d’horreur
Feignant d’être le rire de la lune hilare
Et d’effrayer les fantômes avant-coureurs