Paul Claudel
Connaissance de l'Est
Et soudain un cri lugubre nous atterre ! Car le gardien de l’enclos, au pied d’une de ces portes qui encadrent la campagne du dessin d’une lettre redressée, sonne de la longue trompette chinoise, et l’on voit le tuyau de cuivre mince frémir sous l’effort du souffle qui l’emplit. Rauque et sourd s’il incline le pavillon vers la terre, et strident s’il le lève, sans inflexion et sans cadence, le bruit avec un morne éclat finit dans le battement d’une quarte affreuse : do-fa ! do-fa ! L’appel brusque d’un paon n’accroît pas moins l’abandon du jardin assoupi. C’est la corne du pasteur, et non pas le clairon qui articule et qui commande ; ce n’est point le cuivre qui mène en chantant les armées, c’est l’élévation de la voix bestiale, et la horde ou le troupeau s’assemblent confusément à son bruit. Mais nous sommes seuls ; et ce n’est pour rien de vivant que le Mongol corne à l’intersection solennelle de ces routes.
Quand nous regagnons notre bateau, c’est presque la nuit, au couchant tout l’horizon des nuages a l’air d’être teint en bleu, et sur la terre obscure les champs de colzas éclatent comme des coups de lumière.