Adolphe Hardy
Ami, ne quitte pas, pour un autre horizon,
Le seuil riant et frais de ta blanche maison,
Et le calme jardin d’enfance où les abeilles
Suspendent leur murmure aux fleurs de tes corbeilles !
Reste au foyer où rêve, en frissonnant, l’aieul.
De crainte qu’au retour tu t’y retrouves seul !
Car sur les vieux parents inquiets que l’on quitte
Ô mon ami, mon pauvre ami, les jours vont vite
Et, quand ils ne sont plus, les vieux parents aimés
Quand, résignés, leurs doux yeux las se sont fermés
Et qu’un prêtre les a mis à dormir côte à côte,
Sous le tertre d’argile où déjà l’herbe est haute,
L’on songe, en tisonnant les cendres de son cœur,
Qu’on les aima trop peu, qu’on troubla leur bonheur,
Et, triste, on donnerait le restant de sa vie,
Pour retrouver, l’ivresse, hélas, si tôt ravie
D’appuyer sur leur front, les lèvres doucement,
Ou pour pleurer sur leurs genoux, rien qu’un moment...