Georges Rodenbach

Le miroir est l'amour, l'âme-soeur de la chambre

Le miroir est l'amour, l'âme-soeur de la chambre

Où tout d'elle : le lustre en fleur, les bahuts vieux,

La statuette au dos de bronze qui se cambre,

Se réfléchit en un hymen silencieux.

 

Car l'amour n'est-ce pas n'être plus seul et n'est-ce

Pas se doubler par un autre meilleur que soi ?

Or la chambre se double au fond du miroir coi

Avec un renouveau de songe et de jeunesse ;

 

Mais les choses pourtant entre le cadre d'or

Ont un air de souffrir de leur vie inactive ;

Le miroir qui les aime a borné leur essor

En un recul de vie exiguë et captive ;

 

Et l'amour absorbant et profond du miroir

Attriste d'infini la chambre, qui se doute

D'un désaccord entre eux aux approches du soir,

Sentant que le miroir ne la contient pas toute !