Auguste Barbier
Iambes et Poèmes
Comme un vent orageux, des bruits rauques et sourds
Roulent soudainement de faubourgs en faubourgs ;
Les portes des maisons, les fenêtres frémissent,
Les marteaux sur le bronze à grands coups retentissent,
La peur frappe partout, et les vieillards tremblants,
Les femmes en désordre, et les petits enfants,
D’un grand œil étonné regardant ce qui passe,
Tout sous les toits voisins pêle-mêle s’entasse,
Se cache, et dans la rue un vaste isolement
Remplace tout à coup ce chaos d’un moment ;
Et l’émeute paraît, l’émeute au pied rebelle,
Poussant avec la main le peuple devant elle ;
L’émeute aux mille fronts, aux cris tumultueux,
À chaque bond grossit ses rangs impétueux,
Et le long des grands quais où son flot se déroule,
Hurle en battant les murs comme une femme soûle.