Homère
L'iliade
[...] Phœbos Apollon parle ainsi en présence des Immortels :
" Vous êtes cruels, dieux, et malfaisants ! Hector n'a-t-il donc jamais brûlé en votre honneur de bons cuisseaux de bœufs et de chèvres sans tache ? Et aujourd'hui qu'il n'est plus qu'un cadavre, vous n'avez pas le cœur de le protéger, afin que son épouse le puisse voir encore, et sa mère, et son fils, et son père Priam, et son peuple, qui alors auraient vite fait de le brûler dans la flamme et de lui dispenser tous les rites funèbres ! Vous préférez donc, dieux, prêter à Achille, à l'exécrable Achille, alors que celui-ci n'a ni raison ni cœur qui se laisse fléchir au fond de sa poitrine et qu'il ne connaît que pensers féroces. On dirait un lion qui, docile à l'appel de sa vigueur puissante et de son cœur superbe, vient se jeter sur les brebis des hommes, pour s'en faire un festin. Achille a, comme lui, quitté toute pitié, et il ignore le respect. Chacun est exposé à perdre un être cher, plus proche qu'un ami, un frère sorti du même sein, un fils : la part une fois faite aux pleurs et aux sanglots, il s'en tient là; les Parques ont fait aux hommes un cœur apte à pâtir. Mais, à celui-là, il ne suffit pas d'avoir pris la vie du divin Hector; il l'attache à son char, il le traîne tout autour du tombeau de son ami. Ce n'est là ni un beau ni un bon parti : qu'il prenne garde, pour vaillant qu'il soit; nous pourrions bien nous fâcher contre lui, s'il va dans sa colère jusques à outrager une argile insensible."