Homère

Chant IV - Le blond roi Ménélas alors de s'écrier

L'Odyssée

Le blond roi Ménélas alors de s'écrier :

« Ami, tu viens de dire, au cours de ce colloque,

Ce que dirait, ferait un sage, ton aîné.

On voit quel est ton père, à la phrase limpide ;

On reconnaît le sang de l'homme que Kronide,

Comme enfant, comme époux, a voulu fortuné.

C'est ainsi qu'à présent à Nestor il concède

De vieillir en repos, au sein de sa maison,

Et d'avoir des enfants braves, pleins de raison.

Donc laissons-là les pleurs du moment qui précède ;

Ne songeons qu'au repas, qu'on nous verse de l'eau

Sur les mains : aux lueurs de l'aurore prochaine,

Télémaque avec moi causera de nouveau. »

 

Il dit ; Asphalion, que le devoir enchaîne

Au puissant Ménélas, ondoya toute main.

À l'attaque des plats chacun alors procède.

 

Or, la divine Hélène ourdit un plan soudain :

Dans le vineux cratère elle mit un remède

Calmant peine et courroux, effaçant tous les maux.

Qui goûte de ce suc mêlé dans un cratère,

D'un jour ne mouillerait ses conduits lacrymaux,

Quand même seraient morts et son père et sa mère,

Quand même, sous ses yeux, l'airain égorgerait

Son frère bien-aimé, son tendre fils unique.

La reine avait ainsi maint rare spécifique

Que l'épouse de Thon, Polydamne, en secret

Lui fournit en Égypte où le sol gras fait naître

Mille herbes dont l'ensemble est propice ou fatal.

Là, dans l'art de guérir chaque homme est passé maître,

Car de Pœon descend ce peuple médical.

 

Le mélange opéré, son vin servi d'urgence,

Hélène apostrophant derechef son époux :

« Atride Ménélas, venu de Zeus, et vous,

Rejetons d'êtres forts (mais le grand Zeus dispense

Tour à tour biens et maux, il peut tout en effet),

Festinez maintenant, et, joyeux sur vos chaises,

Écoutez mes récits : leur choix sera parfait.

Point ne dénombrerai ni prendrai comme thèses

Les multiples travaux d'Ulysse le constant ;

Mais je raconterai ce qu'entreprit ce brave

Chez le peuple troyen où vous souffrîtes tant.

Il se meurtrit de coups d'une apparence grave,

Et, ceint de vils haillons à l'instar d'un valet,

Il aborda les murs de la ville ennemie.

À quelque mendiant notre homme ressemblait,

Lui qui sur les ponts grecs, ma foi ! ne l'était mie.

Dans Pergame il entra sous ce déguisement.

Nul ne le connaissait ; moi seule vis la ruse,

Et je l'interrogeai : cauteleux, il me ment.

Mais quand je l'eus baigné, frotté d'huile profuse,

Vêtu de neuf, quand j'eus formellement juré

De ne point découvrir Ulysse au populaire

Avant qu'il eût rejoint ses tentes, sa galère,

Vite de vos projets il me fit le narré.

Après avoir féru maint guerrier de sa lame,

Il regagna son camp, et le renseigna bien.

Les Troyennes poussaient d'affreux cris ; moi, mon âme

Se pâmait d'aise, car je n'enviais plus rien

Que ma maison : mes pleurs accusaient Aphrodite

Qui m'avait mise là, loin de mon sol si doux,

Loin de mon Hermione et du lit d'un époux

Qui ne le cède à nul en attraits, en mérite. »