Mark Akenside

Au Coucou

I.

 

 

Contemporain du doux printemps

Dans ce vallon au frais ombrage,

Près du ruisseau qui fait tapage,

Que j’aime à recueillir tes chants !

Que j’aime tes échos dolents,

De tes amours on doit le croire

C’est l’oraison jaculatoire.

 

II.

 

 

Il fut un temps, je me souviens,

Où dans les bois ta voix plaintive

Trouvait mon oreille rétive ;

Où tes échos éoliens

Semblaient nuire aux musiciens

Qui chantent dans le vert bocage

Et l’amour et son doux servage.

 

III.

 

 

Je me disais : « Il n’est pas bien

Qu’alors que chante Philomèle,

La voix d’un autre oiseau se mêle

Au charme de son entretien :

Ainsi dans le monde combien

Ne voyons-nous pas près des belles

De vieux beaux se brûler les ailes ! »

 

IV.

 

 

Quand deux cœurs, deux cœurs amoureux

N’ont à tous deux qu’une seule âme,

Et que mutuelle est leur flamme,

Qu’ils tiennent du Coucou tous ceux

Qui vont troubler ces deux heureux

Des grands mots prudence et sagesse

Et des dictons de la vieillesse !

 

V.

 

 

Et cependant tandis qu’encor

Il en est tenps, pensez jeunesse

Qui ne vivez que de tendresse,

Qui ne rêvez que d’un ciel d’or,

Que le Coucou donne du cor

Dans le mois des fleurs embaumées

Dans Avril aux fraîches ramées.