Paul Claudel
Connaissance de l'Est
Un ancien souvenir n’a pas plus de détours et de plus étranges passages que le chemin qui, par une suite de cours, de grottes et de corridors, m’a emmené où je suis. L’art de ce lieu restreint est de me dérober, en m’égarant, ses limites. Des murs onduleux qui montent et qui descendent le divisent en compartiments, et, tandis que des cimes d’arbres et des toits de pavillons qu’ils laissent voir ils semblent inviter l’hôte à pénétrer leur secret, renouvelant sous ses pas la surprise avec la déception, ils l’amènent plus loin. Qu’un sage nain, avec son crâne pareil à une panse de gourde ou qu’un couple de cigognes en surmonte le sommet ouvragé, le calice du toit n’ombrage point une salle si déserte qu’un bâton d’encens à demi consumé n’y fume ou qu’une fleur oubliée ne s’y décolore. La Princesse, le Vieillard vient à peine de se lever de ce siège, et l’air vert cèle encore le froissement de l’illustre soie.