John Keats

Sur la mer

Elle entretient d’éternels murmures autour

De ses rivages désolés, et de son puissant gonflement

Engloutit deux fois dix mille cavernes, jusqu’à ce que le charme

D’Hécate leur abandonne leurs sonores et antiques ténèbres.

Souvent on la trouve d’humeur si paisible,

Que c’est à peine si la plus petite écaille

Sera remuée, pour des jours, de la place où elle est une fois tombée,

Lorsque, la dernière fois, les vents du ciel étaient déchaînés,

Ô vous ! qui avez les prunelles des yeux meurtries et lassées,

Régalez-les devant l’immensité de la mer ;

Ô vous ! dont les oreilles sont rassasiées de rudes vacarmes

Ou repues jusqu’à indigestion de fades mélodies,

Asseyez-vous à l’entrée de quelque vieille caverne, et méditez

Jusqu’à ce que vous tressailliez, comme si les nymphes de la mer chantaient !