Anonyme

Le pain du dimanche

Le dimanche matin sent la farine et le calme,

les stores à moitié levés, la lumière en biais,

le café qui siffle, et dehors rien qui alarme,

juste les cloches au loin, et les oiseaux mauvais.

 

Ma mère pétrissait le pain les jours de pluie,

ses mains enfoncées dans la pâte jusqu'aux poignets,

elle chantonnait sans paroles, sans bruit,

une mélodie à elle, jamais apprise ailleurs.

 

Je regardais ses mains comme on regarde un tour de magie,

la masse informe qui peu à peu prenait corps,

quelque chose de vivant dans ce qui n'avait pas de vie,

quelque chose d'ancien dans ce geste sans effort.

 

Le four chauffait, la cuisine se couvrait de buée,

et l'odeur arrivait lentement, douce et sérieuse,

l'odeur de ce qui nourrit, de ce qui est resté,

de ce qu'on transmet sans le dire, sans faire d'histoires.

 

Aujourd'hui je fais du pain le dimanche aussi,

maladroit, trop dense, pas tout à fait réussi.

Mais l'odeur est la même, et c'est pour ça que je continue,

pour tenir un fil que le temps n'a pas rompu.