Anonyme
Mon père m'a appris les étoiles un été,
debout dans l'herbe froide, la nuque renversée.
Il pointait son doigt vers des points que je perdais,
et nommait des héros morts depuis des siècles.
Je n'ai retenu que la Grande Ourse, vaguement,
et Vénus qui se lève avant les autres lentement.
Le reste s'est mélangé aux nuits qui ont suivi,
aux étés d'après, aux ciels un peu trop vifs.
Mais il reste quelque chose de ce geste-là,
ce doigt tendu dans le noir vers nulle part,
cette façon qu'il avait de nommer l'immense
comme on nomme un voisin, avec indulgence.
Maintenant quand le ciel est clair et que je lève la tête,
je cherche moins les noms que la sensation nette
d'être petit et debout dans l'herbe mouillée,
avec quelqu'un à côté pour pointer et nommer.
Les étoiles bougent, disent les livres, très lentement.
Dans cent mille ans Orion ne sera plus pareil.
Mais ce soir elles sont là, à leur place approximative,
et ça me suffit, ça, comme héritage.