Anonyme
Il reste toujours quelque chose après les feux,
une odeur de bois brûlé dans les cheveux,
des cendres tièdes que le vent ne prend pas,
des mots à demi-dits restés entre nos bras.
Je t'ai regardé partir sans faire de bruit,
comme on regarde une barque filer la nuit,
sans appeler, sans courir sur le quai désert,
parce que certains départs se font à découvert.
L'automne a mis ses feuilles sur le seuil,
elles sèchent là, entre la pluie et l'orgueil.
Je balaie chaque matin ce qui vient de l'arbre,
et chaque soir il en tombe, patient comme le marbre.
Dans le tiroir, une photo que je n'ouvre plus,
ton prénom sur un papier que le temps a dissous.
Je n'efface rien, je laisse tout s'installer,
le souvenir est une maison qu'on ne repeint pas.
Alors je vis avec ce qui reste de toi,
un livre ouvert à la mauvaise page, je crois,
une habitude du silence prise à deux
qui dure, longtemps, quand on est seul et vieux.