Alphonse de Lamartine

L'immortalité

Méditations Poétiques

[...]

Je meurs et ne sais pas ce que c’est que de naître.

Toi, qu’en vain j’interroge, esprit, hôte inconnu,

Avant de m’animer, quel ciel habitais-tu ?

Quel pouvoir t’a jeté sur ce globe fragile ?

Quelle main t’enferma dans ta prison d’argile ?

Par quels nœuds étonnants, par quels secrets rapports

Le corps tient-il à toi comme tu tiens au corps ?

Quel jour séparera l’ame de la matière ?

Pour quel nouveau palais quitteras-tu la terre ?

As-tu tout oublié ? Par-delà le tombeau,

Vas-tu renaître encor dans un oubli nouveau ?

Vas-tu recommencer une semblable vie ?

Ou dans le sein de Dieu, ta source et ta patrie,

Affranchi pour jamais de tes liens mortels,

Vas-tu jouir enfin de tes droits éternels ?