Anna de Noailles

Matin lyrique

Les Éblouissements

Ô fraîche et vive promenade !

L’azur est parfumé de thym ;

J’écoute dans l’air, ce matin,

Monter un chant de l’Iliade !

– Déesse qui prends par la main

Les guerriers aux belles chlamydes,

Soutiens aussi mes pas timides

Qui tremblent sur le vert chemin.

Déjà tu t’éveilles, tu bouges ;

Ah ! donne-moi le plus joyeux

De tes héros impétueux,

Le Péléide aux lèvres rouges !

Fais bondir vers mon clair regard,

Par la route jaune et salée

Qui longe la vague gonflée,

Un jeune conducteur de char,

Luisant de soleil, de buée,

N’ayant que les dieux pour rivaux,

Et pressant de cris ses chevaux.

Amassés comme des nuées !…