Paul Claudel
Connaissance de l'Est
Et la journée tout entière n’épuisera point ma salutation. À l’heure sombre où, par la forêt d’orangers, le cortège nuptial armé de torches flamboyantes conduit la chaise de l’époux, au-dessus du cercle farouche des montagnes fumantes de tout mon être vers le Signe rouge que je vois s’élève l’applaudissement et l’acclamation. Je salue le seuil, l’évidence brutale de l’Espoir, la récompense de l’homme incompromis ; je lève les mains vers l’ostension de la couleur virile ! Triomphateur automnal, le feuillage au-dessus de ma tête est mélangé de petites oranges. Mais il me faut, une fois encore, ramener chez les hommes ce visage dès l’enfance levé, comme du chanteur qui, les lèvres ouvertes, le cœur anéanti dans la mesure, l’œil fixé sur son papier, attend le moment de prendre sa partie, vers la Mort.