François-René de Chateaubriand

Clarisse. — Imitation d’un poëte écossais

Pâle et dernière fleur qui survit à Pomone,

La veilleuse en ces prés peint mon sort et ma foi :

De mes ans écoulés tu fais fleurir l’automne.

Et je veille pour toi.

 

Ce ruisseau, sous tes pas, cache au sein de la terre

Son cours silencieux et ses flots oubliés :

Que ma vie inconnue, obscure et solitaire,

Ainsi passe à tes pieds !

Aux portes du couchant le ciel se décolore ;

Le jour n’éclaire plus notre aimable entretien :

Mais est-il un sourire aux lèvres de l’Aurore

Plus charmant que le tien ?

 

L’astre des nuits s’avance en chassant les orages :

Clarisse, sois pour moi l’astre calme et vainqueur

Qui de mon front troublé dissipe les nuages

Et fait rêver mon cœur.