Alphonse de Lamartine

Les Préludes

Nouvelles Méditations Poétiques

Le soir, assis en paix au seuil de la chaumière,

Tendre au pauvre qui passe un morceau de son pain,

Et, fatigué du jour, y fermer sa paupière

Loin des soucis du lendemain ;

 

Sentir sans les compter, dans leur ordre paisible,

Les jours suivre les jours, sans faire plus de bruit

Que ce sable léger dont la fuite insensible

Nous marque l’heure qui s’enfuit ;

 

Voir de vos doux vergers sur vos fronts les fruits pendre

Les fruits d’un chaste amour dans vos bras accourir,

Et, sur eux appuyé, doucement redescendre :

C’est assez pour qui doit mourir.